Billet du 13.06.2026

De GrandTerrier

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Condamnation aux travaux forcés du chef de la bande de l'As de Pique


Grâce aux journaux d'époque et au régistre de dépot du bagne de Guyanne, voici l'histoire de deux apaches arrêtés pour avoir blessé au revolver un agriculteur à Kerourvois en Ergué-Gabéric : suicide en prison pour l'un, et condamnation aux travaux forcés pour l'autre.


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Les trois journaux « La Dépêche de Brest », « Le Progrès du Finistère » et « Le Finistère » relatent assez longuement pendant le mois d'août 1909 cette triste affaire d'apaches, de façon très similaire malgré leurs lignes éditoriales différentes et avec ces titres accrocheurs : « La bande de "l'As de Pique" », « Les apaches arrêtés », « Ergué-Gabéric. Exploits d'apaches », « Le crime d'Ergué-Gabéric », « Suicide d'un des apaches ».

D'où vient tout d'abord ce terme d'apaches ? Les Apaches étaient un gang du Paris de la Belle Époque composé de très jeunes membres de moins de vingt ans. En 1902, deux journalistes parisiens, Arthur Dupin et Victor Morris, nomment ainsi les petits truands et voyous de la rue de Lappe et marlous de Belleville, qui se différencient de la pègre et des malfrats par leur volonté de soigner leur apparence vestimentaire (bottines, pantalon patte d'éph et casquette à pont). Le terme s'est très vite répandu dans toute la France.

En basse-Bretagne, la justification du qualificatif d'apaches tient dans l'origine urbaine des délinquants - Douarnenez et Brest -, leur âge et leur allure : « Il n'était âgé que de 20 ans », « Deux individus, paraissant âgés de dix-huit à vingt ans, assez bien vêtus et parlant français », « C'est un petit jeune homme assez bien vêtu ». Et bien sûr les apaches formaient des gangs, et nos jeunes voyous avaient aussi cet instinct grégaire : « Tous deux sont des apaches qui font partie de la bande de l'As de Pique », « la tristement célèbre bande brestoise de l'As de Pique ».

L'as de pique donne lieu à ce signe de ralliement : « Ses membres, tous repris de justice des plus dangereux, se reconnaissent entre eux au point de tatouage qu'ils portent sous l'oeil droit. ». Et d'ailleurs le survivant des agresseurs de Kerourvois se verra attribué ce signe particulier sur sa fiche de dépôt : « Tatouage un as de pique ».

La bande de Brest est presque entièrement démantelée en 1908 : après un cambriolage et agression dans le quartier de Recouvrance sept membres sont arrêtés en juin et cinq d'entre eux sont condamnées aux travaux forcés à perpétuité.

Les circonstances exactes de l'affaire gabéricoise sont les suivantes : début août 1909 deux jeunes malfaiteurs, essaient de cambrioler la maison de ferme à Kerourvois en Ergué-Gabéric, et l'un d'entre eux, surpris par le propriétaire des lieux, sort son revolver et tire.

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La victime se remettra de sa blessure : « Prévenus par un jeune pâtre témoin de la scène, des voisins accoururent et l'un deux transporta le blessé à Quimper, où il reçut les soins du docteur Renault qui procéda à l'extraction de la balle. »

Les deux cambrioleurs prennent la fuite immédiatement. Si la brigade mobile de Nantes a pu retrouver les deux cambrioleurs en cavale, c'est sans doute grâce à un inspecteur bretonnant : « M. Le Gall, qui parle la langue bretonne, se mit en campagne et il apprenait bientôt qu'un individu répondant au signalement ci-dessus avait été vu. »

Le procès d'assises se déroule à Quimper en octobre. Le plus jeune, François-Joseph Pouliquen de Brest-, s'est suicidé dans sa cellule de prison : « Un des apaches brestois, le nommé Pouliquen, qui tira sur le malheureux M. Péron un coup de révolver, a été trouvé pendu dans sa cellule, au moyen de la couverture de son lit. ».

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Le second, Michel Le Bihan, né à Brest-Lambezellec, écope d'une peine de 6 ans de travaux forcés. Sur ce dernier, dit « le grêlé » dans les articles de journaux, on en sait un peu plus grâce à sa fiche de dépôt au bagne : « Embarqué le 8 juillet sur Le Loire à destination de la Guyane. ». Outre son tatouage à l'as de pique sur l’œil droit, il est décrit comme borgne de l’œil gauche et doté d'un 2e tatouage, un « coeur traversé par une épée ».

Et surtout qu'il est le chef de la fameuse bande de Brest et que son métier d'ébéniste cache d'autres activités illicites : « Ivrogne, libertin et débauché. Était le chef de la bande de voleurs dite "l'as de Pique". N'avait que le produit du vol et celui de la prostitution de sa femme.. » Au bout de 6 ans il est de retour en métropole, comme « 1ère classe en 1915 » et meurt à La Tronche en 1958 à l'âge de 75 ans.


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En savoir plus : « Le procès des apaches de la bande de « l'As de Pique », bagne et journaux locaux 1909 », espace Journaux.




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