Billet du 06.06.2026
Écroué au bagne des Îles du Salut en Guyane française de 1882 à 1885
Sources pour une condamnation d'un jeune gabéricois âgé de 19 ans à 8 ans de travaux forcés : coupure du journal Le Finistère, arrêt de la cour d'assises conservé aux Archives départementales du Finistère, registre du dépôt des condamnés aux travaux forcés (base Bagne), témoignage de Guillaume Seznec, étude de Bernard Guinard sur le navire Le Calvados.
Le sort de Joseph Le Meur, âgé de 19 ans et natif d'Ergué-Gaberic, est prononcé le 16 octobre 1882 dans un arrêt de la Cour d'Assise de Quimper : il est condamné à 8 ans de travaux forcés, c'est-à-dire au bagne, et à dix ans de surveillance pour avoir commis des larcins à Briec et Quimper.
Les circonstances des larcins sont données par le compte-rendu de l'audience d'assises dans les colonnes du journal « Le Finistère » : il s'agit d'une tentative de vol qualifié et quatre vols qualifiés. Les butins sont « deux porte-monnaie, contenant une somme de 11 fr. 50 », « somme de 10 fr. et consommé sur place du pain, du beurre, du vin de Malaga, du sucre et du cognac », « somme de 0 fr. 75 dans les vêtements » et enfin « soustrait dans les armoires une somme de 200 fr. environ. »
On dispose de trois sources d'archives qui décrivent un temps soi peu sa détention. La première est formée de 3 pages registre du dépôt des condamnés aux travaux forcés (accessible depuis la base « Bagne » des Archives nationales d'outre-mer) : y apprend qu'en décembre 1882 il est transporté sur le navire à 3 mats « Le Calvados » à destination de la Guyane française. La seconde est étude de Bernard Guinard sur le navire en question qui confirme que son voyage vers la Guyanne et les Antilles sera l'un de ses derniers (il sera démantelé en 1888), et enfin la troisième source est l'acte de décès transmis à la mairie d'Ergué-Gabéric où il est précisé qu'il est « domicilié » aux Îles du Salut où il est décède le 30 juillet 1885.
Les Îles du Salut sont réparties sur trois îles où les conditions de détention sont bien plus dures que celles des bagnes voisins de Cayenne ou de Saint-Laurent-du-Maroni : l'île Royale accueille l'administration ainsi que l'hôpital ; l'île Saint-Joseph héberge les « fortes têtes » et l'île du Diable les espions, les détenus politiques ou de droit commun. Des prisonniers illustres y ont été emprisonnés et en sont revenus : Alfred Dreyfus à l'île du Diable, Guillaume Seznec à l'île St-Joseph.
C'est dans le quartier d'Odet que les parents de Joseph Le Meur sont installés, son père étant originaire d'Elliant et sa mère de Briec. Joseph, l'aîné, est né à Pennanec'h, et ses trois frère et sœurs sont nés au moulin d'Odet ou au Kreisker en Briec (près d'Odet). Sur l'acte de jugement, Joseph Le Meur est déclaré « sans profession », mais dans son acte de décès et dans le registre du dépôt des condamnés il est mentionné comme « ayant exercé la profession de tailleur d'habits ».
Les faits incriminés, à savoir le vol d'argent et de nourriture, semblent bien disproportionnés par rapport à la peine de huit années de travaux forcés, assorties également d'une obligation de se soumettre pendant dix ans supplémentaires à la surveillance de la « haute police », une mesure de contrôle des anciens condamnés, considérés comme dangereux ou récidivistes.
Ses condamnations avant sa condamnation aux travaux forcés sont inscrites dans le registre de dépôt des condamnés, à savoir un vol en 1879 qui lui vaut un mois de prison, deux vols en 1880 avec 3 mois et un an de prison, et une amende de contravention de la police des chemins de fer en 1882. Ce n'est pas pour autant qu'il ne sait que voler, car il « sait lire et écrire » et « son travail » de tailleur d'habits lui ont assuré « ses moyens d'existence ».
Joseph Le Meur ne reviendra pas en métropole, car il ne reste que trois années au bagne des Îles du Salut, à l'issue desquelles il décède, avec sans doute la cérémonie habituelle du jeté de linceul à la mer pour nourrir les requins comme en témoigne Guillaume Seznec dans ses mémoires : « Le bagnard a été donné honteusement à manger aux bêtes comme on jette des ordures aux pourceaux. »
