1489 - Concession de l'évêque de Cornouaille pour la construction du moulin de Kerhelan
Une autorisation épiscopale pour faire construire et exploiter le moulin de Kerelan sur un ruisseau affluent de l'Odet, moyennant une censée annuelle de 5 sols.
Document conservé aux Archives départementales du Finistère, série 1 G 86 [1].
Autres lectures : « 1489-1670 - Kerelan, francfief des Regaires de Quimper » ¤ « 1540 - Aveu des Cavellat à titre de cens pour Kerhellan » ¤ « Les moulins d'Ergué-Gabéric » ¤ « Recherches d'Henri Chauveur sur les traces du moulin de Crec'h Congar » ¤ « 1489 - Concession de l'évêque de Cornouaille pour la construction du moulin de Kerhelan » ¤ « 1614-1640 - Aveu de l'évêque de Quimper pour les fourches patibulaires de Kerelan » ¤ « 1425 - Lettre de concession du duc Jean V pour l'érection de fourches patibulaires » ¤
Présentation
Ce document très ancien, daté du 24 juillet 1489, utilise une calligraphie gothique cursive, dite « bâtarde », difficile à lire, mais assez soignée pour un acte de ce type, avec de nombreuses abréviations et des ligatures complexes. Par chance sur le revers, un archiviste du XIXe siècle a laissé des annotations utiles pour le déchiffrement.
C'est le seigneur évêque de Cornouaille lui-même, Alain Le Maout, qui initie et signe ce document car les terres de Kerelan sont sous son escarcelle foncière, ainsi que de nombreuses autres mouvances gabéricoises (Creac'h-Ergué, Kerho, Quillihouarn, St-André, Kerampensal, Cleuyou ...). Kerelan est tellement important pour l'évêque qu'il y a fait placer dès 1425 ses gibets de justice à quatre poteaux, appelés aussi fourches patibulaires.Alain Le Maout, né au Faouët, est évêque de Cornouaille de 1484 à 1493 après avoir été évêque de Léon de 1482 à 1484. Il est très influent à la cour du duc de Bretagne François II (père de la future duchesse Anne), auprès duquel il remplit les postes d'ambassadeur et confesseur. Il supervise la fin du chantier de reconstruction de la cathédrale et vraisemblablement celle de la chapelle de Kerdévot.
À noter que toute la partie sud-ouest de la paroisse d'Ergué-Gabéric englobant Kerelan et Le Cleuyou est avant la Révolution dépendante de Lanniron, dont le château est la résidence d'été des évêques de Cornouaille. Et pendant des siècles ces terres nobles sont gérées par le seigneur Evêque et son administration des Régaires [2] en charge de son domaine temporel.
Le document de concession de 1490 démarre par « Nous Alain par la grâce de Dieu evesque de Cornouaille » et est signé « en notre maison épiscopale de la ville close de Quimper Corentin le vint quatriesme jour de juillet lan mil quatre centz quatre vingtz neuff ».
Le sceau de cire du seigneur évêque apposé est en très bon état et bien protégé dans une coquille de plastique : on y voit distinctement le chevron de son blason « d'argent au chevron d’azur bordé d'or », tel qu'on peut le voir également sur le vitrail qui le représente sur une baie latérale de la cathédrale de Quimper.
L'objet du document épiscopal est de donner les autorisations pour la construction d'un moulin à Kerellan par et pour le roturier exploitant Henry Cavellat. Ce n'est pas un aveu [3] récurrent signé par le domanier, mais il reprend les termes de reconnaissance de rentes seigneuriales, à savoir les « censée » [4] (5 sols dûs à chaque Saint-Michel) et « chefrente » [5].
Le détenteur du droit à moudre est Henry Cavelat et ses héritiers, Alain et Jean, conserveront le moulin qu'il déclare en 1540 avec une censée de 5 sols à payer au seigneur évêque successeur. En juillet 1489 l'exploitation est prévue comme suit : « il commencera à moudre bled le samedy de Caresme pressant 12 fevrier 1490 après que ledit moulin sera moulant ».
La localisation du moulin est précisée et par déduction on le situe dans le vallon sur un ruisseau se jetant dans la rivière d'Odet : « en un parc et fenier [6] nomé prat an Enez ». « Prat an enez » ou la prairie de l'île (sans doute entre deux bras du ruisseau) et le « fenier » désignant un stockage de foin. Un autre moulin préexistant, le moulin du chartier du Cleuyou, situé à l'embouchure du Jet et de l'Odet, est mentionné en fin d'annotation.
Le moulin, l'île et le fenier de Kerelan sont confirmés par un aveu de 1540 des successeurs Cavelat, alors que la parcelle en question est nommée « Prat an milin » en 1556 et 1562, puis « Foennec ar veil » dans le cadastre napoléonien de 1838. Le moulin, complètement disparu aujourd'hui, n'est plus mentionné comme étant « moulant » bien avant 1789.
Transcription
Annotations au recto :
Entête :
au milieu : 1489 / b 1 ___ 7 / Lanniron / Kerelen / Moulin de Kerelan
en haut "...fait de meme..." et "...moulin...".
en bas : "... pour le manoir de..."
1ère colonne :
24 juillet 1489
[...] du Cavellat
Lanniron
Kerhelen
Moulin de Kerelan
[Cote d'archive]
[Séparateur]
68 P [Probablement une cote de liasse]
Concession faite
par alain seigneur
Evesque,
à
Henry Cavellat
de construire un
moulin en un parc
et fenier [6] nomé
prat an Enez
étant des appartenances
dudit village de
Kerhelen en ladite
paroisse de
Lanniron
auquel village
ledit Henry
Cavellat
2ème colonne :
demeure à titre
de censée [4] et chefrente [7]
par ce que ledit
Cavellat luy paira
et aux autres
Euesques ses successeurs
la somme de cinq
sols monnoye [8] de sens [4] [...]
dessus led[it] moulin
à chacun terme
de St-Michel, à
commencer après
que ledit moulin
sera moulant sans
préjudice porter
aux droits et
contracts précédants
dudit Cavellat dudit
village
Lequel moulin
commencera à moudre
bled le samedy de
Caresme pressant
12 fevr[ier] 1490
suivant la
reconnoissance
dudit Cavellat
[voy] le moulin
du chartier liasse
du Cleuziou scavoir
Document principal :
- Nous Alain par la grâce de Dieu evesque de Cornouaille cognoissons et confessons avoir
- baillé et octroyé et par cestes baillons et octroyons à Henry Cavellat congé et licence
- pour faire et construire ung moulin en ung parc et fenier nomé parc an enez
- estant ... du villaige de Kerhelan en la paroisse de Lanniron où ... villaige
- demeure ledit Henry Cavellat soubz nous à tiltre de censée et cheffrente par ce
- que ledit Henry Cavellat nous et a noz successeurs ... et par cestes ...
- et oblige soubz lobligacion et ypotecque de tous ses biens meubles et ...
- presens et futurs et par ... sur son present ...
- payer a nous ... la somme de cinq sols monnoie et ...
- dessus ledit moulin par ... terme de la sainct Michel et commencent le premier
- paiemens a ladite feste prochaine apres que ledit moulin sera moulant et ...
- prejudice aucun portera et ... aux droitz et contractz precedens
- dudit Cavellat dud[it] villaige ... lequel moulin ... garantir et deffendre
- ledit Cavellat vers ... soubz le seau estably aux contractz de
- notre court de Corno[uaille]...
- notaires cy soubzscriptz Et ce fut faict ... en notre maison épiscopale de
- la ville close de Quimper Corentin le vint quatriesme jour de juillet lan mil
- quatre centz quatre vingtz neuff
Originaux
- AD 29, 1G 86
Annotations
- ↑ Merci à Jean-Jacques Pérès pour avoir signalé et transmis des photos de cette liasse 1 G 86 en 2009.
- ↑ Régaires, s.m.pl. : administration en charge du domaine temporel d'un évêque, propriétaire et seigneur, au même titre que l'aurait été n'importe quel noble propriétaire d'un fief avec justice. Le plus souvent, ils provenaient de donations anciennes faites au cours des âges par des féodaux, qui souhaitant sans doute s'attirer des grâces divines ou se faire pardonner leurs péchés, avaient doté l'église de quelques fiefs avec les revenus en dépendant. Source : amisduturnegouet sur free.fr [Terme] [Lexique]
- ↑ Aveu, s.m. : déclaration écrite fournie par le vassal à son suzerain lorsqu’il entre en possession d’un fief, à l'occasion d'un achat, d'une succession ou rachat. L’aveu est accompagné d’un dénombrement ou minu décrivant en détail les biens composant le fief. La description fourni dans l'aveu indique le détail des terres ou tenues possédées par le vassal : le village dans lequel se situe la tenue, le nom du fermier exploitant le domaine congéable, le montant de la rente annuelle (cens, chefrente, francfief) due par le fermier composée généralement de mesures de grains, d'un certain nombre de bêtes (chapons, moutons) et d'une somme d'argent, les autres devoirs attachées à la tenue : corvées, obligation de cuire au four seigneurial et de moudre son grain au moulin seigneurial, la superficie des terres froides et chaudes de la tenue. Source : histoiresdeserieb.free.fr. [Terme] [Lexique]
- ↑ 4,0 4,1 et 4,2 Cens, s.m., censée, s.f. : le cens est la redevance annuelle, foncière et perpétuelle qui est due par celui qui possède la propriété utile d'un fonds, appelé censive, à celui qui en possède la propriété éminente, appelée seigneurie ; source : Wikipedia. [Terme] [Lexique]
- ↑ Chefrente, s.f. : rente perpétuelle payable en argent ou en nature au seigneur suzerain par le détenteur d'un héritage noble. La chefrente était en principe immuable (Yeurch, histoire-bretonne). [Terme] [Lexique]
- ↑ 6,0 et 6,1 Fenier, s.m. : tas de foin, grange où l'on met le foin ; source : Lexique roman de Raynouard. [Terme] [Lexique]
- ↑ Chefrente, s.f. : rente perpétuelle payable en argent ou en nature au seigneur suzerain par le détenteur d'un héritage noble. La chefrente était en principe immuable (Yeurch, histoire-bretonne). [Terme] [Lexique]
- ↑ Monoie, Monnoye, adj : un sol monoie désigne une petite pièce de monnaie faite de billons, c'est-à-dire de cuivre, tenant un peu d'argent, mais plus ou moins, suivant les lieux (Encyclopédie Diderot). Existence de « livres monnoie » et de « deniers monnoye » à signaler également, en complément des livres tournois qui deviendront l'unique monnaie de compte en 1667. [Terme] [Lexique]
